Publié le 08/05/2026 à 06:00
- Contexte personnel
- L’épopée des forces du Général Leclerc
- Focus sur Ksar Ghilane
- Deuil-La-Barre
- Quelque sources
Note Les photos ont été prises par mes soins les 20 et 21 février 2026. Elles sont réutilisables si vous nommez l’auteur (Sébastien Rohaut)
Contexte personnel
Cette journée du 8 mai 2026 a été particulière, c’est la première fois que je participais aux commémorations de la victoire du 8 mai 1945 à Deuil-la-Barre. C’est aussi l’occasion de vous partager une aventure personnelle.
La Seconde Guerre Mondiale a été une période terrible pour le monde entier, la France et même Deuil-la-Barre en particulier, j’ai déjà brièvement abordé le sujet du V2 dans un précédent article. L’histoire de cette guerre m’a longtemps passionné, j’ai lu de grosses quantités d’ouvrages, de sites web, et regardé de nombreuses vidéos traitant cette période de l’histoire, et trois figures françaises m’ont particulièrement marqué : Charles de Gaulle, le Premier des Français, Pierre-Marie Kœnig, le vainqueur de Bir Hakeim, et Philippe Leclerc de Hautecloque, l’archétype du combattant, du héros. Son épopée (et celle de ses troupes) est extraordinaire, un modèle.
Je suis né en 1975, mais j’ai été bercé par l’histoire, notamment au travers du passé de résistant et de combattant de mes grands-parents, et je me souviens de discussions avec mon grand-père paternel, Philippe Rohaut, quand, dans les années 1990 devant lui je lisais l’encyclopédie de la Seconde Guerre Mondiale, et qu’il me commentait certains moments de l’occupation et de la Libération. Moment terribles et sombres, et moments glorieux et lumineux.
La figure du Général Leclerc s’est très vite imposée à moi. Sa légende s’est forgée autour de son épopée depuis les sables du Sahara jusqu’à la cathédrale de Strasbourg, via son fameux serment de Koufra.
Fin avril 2026, mon épouse et moi avons passé quelques jours de détente à Djerba, en Tunisie. Après un premier court voyage en 2025, nous n’avions pas eu la possibilité de visiter le sud et d’aller dans le désert, aussi lorsque l’occasion s’est présentée cette année, nous n’avons pas hésité. L’excursion comportait une halte d’une nuit à l’Oasis de Ksar Ghilane. Ce nom a fait tilt, j’étais certain de l’avoir lu quelque part.

L’épopée des forces du Général Leclerc
Philippe Leclerc de Hautecloque

Je vais faire un rappel biographique résumé, mais pas rapide, du Général Leclerc.
Philippe François Marie de Hautecloque est né le 22 novembre 1902 au château de Belloy-Saint-Leonard, dans la Somme, en Picardie. Il est de famille de noblesse chevaleresque. Il sort cinquième de Saint-Cyr en 1924, et major de Saumur, en 1925. Capitaine, il est instructeur à l’Ecole Spéciale Militaire. Il se distingue au Maroc, notamment lors de la Guerre du Rif. Il sort major de l’Ecole de Guerre en 1939. Longtemps partisan de “L’action Française” (extrême droite, royaliste) il s’en détourne totalement en 1940 estimant que ces mouvements trahissent leurs idéaux et se fourvoient.
Durant la Campagne de France, faisant mouvement vers la Belgique, échappant à l’encerclement, il traverse les lignes allemandes pour tenter d’échapper à la captivité. Capturé et reconnu, il ment et est libéré par l’officier allemand qui se moque de lui. Il rejoint une unité combattante et participe à une contre-offensive en Champagne où il est blessé mais continue le combat, puis est capturé à nouveau.
Le 17 juin 1940 il s’échappe de l’hôpital d’Avallon, le 21 juin il est à Paris, le 27 il fait faire de faux papiers au nom de Philippe Leclerc. Après un périple compliqué où il retrouve sa famille, il tente d’obtenir des visas pour le Portugal et l’Espagne. Le 13 juillet il se fait arrêter à Portbou en Espagne et arrive encore à s’échapper. Le 17 juillet il est à Lisbonne, le 20 il embarque sur le SS Hilary, et le 24 juillet, il est à Londres.
Le 25 juillet, il se présente au Général de Gaulle sous le pseudonyme de François Leclerc. Cet événement va changer sa vie et le destin de la France. De Gaulle le promeut Chef d’Escadron (Commandant), et l’envoie en Afrique Équatoriale Française (AEF) pour la rallier à la France Libre.
Il part le 6 août pour le Cameroun, avec des figures comme René Pleven, André Parant, Claude Hettier de Boislambert, le commandant Louis Dio, et rallie le Cameroun, le Tchad et le Congo, avec Félix Eboué et le colonel de Larminat.
Le culot : estimant son grade insuffisant, il arrache ses quatre galons de sa manche gauche et en recoud cinq sur sa manche droite, pour devenir Colonel ! Ceci afin de donner le change face au commandant des troupes de Douala. Nommé Commissaire Général du Cameroun le 28 août , toute l’AEF sauf le Gabon, s’est ralliée à De Gaulle. Le Gabon se ralliera au FFL (Forces Françaises Libres) le 10 novembre 1940.
De Gaulle confirmera Leclerc comme Colonel (grade attribué « comme par enchantement » !).
De ses bases africaines, la colonne Leclerc va alors rayonner et effectuer des raids de plusieurs milliers de kilomètres au milieu du désert, vers des places fortes tenues par les italiens.

Le parcours de Leclerc en Afrique
Koufra, le serment
Koufra, c’est le culot, l’audace et la victoire qui vont installer la Légende du Général Leclerc et de ses troupes.
Koufra se situe en Cyrénaïque, en plein désert, dans la région Est de la Libye, autrefois colonie italienne. Venant du Tchad, la colonne Leclerc, constituée de 350 hommes, de 56 véhicules mal adaptés au désert (certains parcourront plus de un million de kilomètres durant tout la Campagne d’Afrique - Fezzan, Cyrénaïque, Tunisie), et avec un appui du Long Range Desert Group des Britanniques, décide de s’emparer de Koufra, et notamment du Fort d’El-Tag, tenu par des compagnies italiennes.
La bataille s’étend du 31 janvier au 2 mars 1941. Leclerc espérait un effet de surprise, mais les britanniques se font repérer le 31 janvier et ils se font refouler par des italiens bien armés et soutenus par leur aviation.
Le 5 février, Leclerc fait bombarder l’Oasis de Koufra, sans succès.
Le 7 février, une patrouille de reconnaissance effectue un raid vers Koufra sans rencontrer de réaction italienne, puis Leclerc effectue un raid contre l’aérodrome italien, détruisant les avions sur place.
Le 18 février, le combat frontal s’engage contre les italiens de la Saharia du Cufra, à la forte puissance de feu. Leclerc encercle les italiens, les forçant à se retirer. Le 19, les italiens, soutenus par leur aviation, attaquent les français autour du fort d’El-Tag. Mais les français les harcèlent notamment par des charges à la baïonnette, les obligeant à se retirer. Ils seront poursuivis jusqu’à 150 kilomètres dans le désert, par Pierre de Hautecloque, cousin de Leclerc.
Leclerc va assiéger le fort d’El-Tag. Celui-ci est bien défendu et puissamment armé. Leclerc va alors montrer son talent de stratège. Sa colonne ne dispose que d’un seul canon de 75 mm, et de mortiers de 81 mm. Le canon tirera au maximum 30 obus par jour, mais Leclerc le fait constamment déplacer et tirer sur des objectifs différents, de jour comme de nuit, faisant croire aux italiens qu’il y en a plusieurs. Dans le même temps, les français harcèlent les italiens par des escarmouches, de fausses attaques. Les italiens ripostent inutilement et fatiguent, pensant avoir affaire à un grand nombre de combattants. Leclerc, en faisant rouler ses camions, fait croire à un ravitaillement permanent et l’arrivée de renforts, démoralisant les italiens.
L’audace, le culot, le bluff.
Les italiens surestiment les forces en présence et demandent à parlementer le 28 février, ce que Leclerc refuse. Le 1er mars, les italiens sortent du fort et demandent aux français leurs conditions pour une capitulation dans l’honneur. Leclerc fait traîner les négociations, puis ordonne aux italiens de rentrer dans leur fort, tout en s’invitant avec deux officiers. Coup de bluff. Arrivé sur place, Leclerc impose ses conditions, les italiens capitulent, pourtant en supériorité.
C’est la première victoire de la France depuis la capitulation de 1940.
Le 2 mars, Leclerc fait jurer ses troupes :
« Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. »
Il sera tenu.
En août 1941, Leclerc et nommé Général de Brigade (deux étoiles). Il trouve cette nomination prématurée et refuse de porter ses galons et son képi. Il l’acceptera seulement après que ses hommes lui offriront un képi dont les étoiles ont été brodées à la main.
Le Fezzan et la Tunisie

Campagne de Tunisie - Via Wikipedia - Domaine Publique
De février 1942 à mai 1943, Leclerc mène sa campagne au Fezzan. En novembre, De Gaulle ordonne à Leclerc de conquérir le Fezzan jusqu’à Tripoli. Le Fezzan est une région désertique située au sud de la Lybie. Le 16 décembre, Leclerc démarre sa campagne, avec 4000 Africains et 600 Européens, appuyé par l’aviation. De nombreux raids et batailles sont engagés : Sebha, Mourzouk, Ghadamès, … Il participe ensuite, remontant vers le nord, à la campagne du Tunisie, avec la 8ème armée britannique, contre l’Afrikakorps de Rommel : Ksar Ghilane, Gabès, Kairouan, défilé de la victoire à Tunis le 20 avril 1943.
Dès lors, Leclerc se consacre à la renaissance de l’Armée Française.
Libération de la France, de Paris

Le parcours de Leclerc en France
Nommé Général de Division (trois étoiles) le 23 mai 1943, sa Force L devient la 2ème Division Française Libre le 30 mai, renommée 2ème Division Blindée le 24 août 1943. Rejointe par des évadées et des anciennes troupes vichistes, elle se réorganise sur un modèle américain et stationne au Maroc jusqu’en avril 1944. Leclerc reçoit un régiment de chars tant réclamé.

Insigne de la 2ème DB
Le 10 avril 1944, La 2ème DB embarque pour l’Angleterre et est affectée à la 3ème Armée américaine du Général Patton, sous commandement américain.
Leclerc débarque le 1er août 1944 dans la Manche, puis fait route vers Argentan et Alençon, en ayant prêté main forte à la fermeture de la poche de Falaise. La « Division Croix de Lorraine », comme on l’appelle, joue régulièrement le rôle de fer de lance de la 3ème Armée. Butant sur Argentan, Leclerc souhaite quitter le théâtre des opérations pour se concentrer sur la Libération de Paris.
Alors que les alliés font la sourde oreille aux demandes répétées de De Gaulle aux américains de libérer Paris, celui-ci force le destin et ordonne le 22 août à Leclerc de marcher sur la capitale, en insurrection depuis le 19 août. Mis au pied du mur, le généraux Bradley et Eisenhower donneront finalement leur accord. Une attaque audacieuse libère Paris les journées des 24 et 25 août 1944 (via La N10 et la N20), et Leclerc reçoit la reddition du Général allemand Von Choltitz. Leclerc et De Gaulle descendent les Champs-Elysées le 26 août.
Strasbourg et l’Allemagne
Leclerc et la 2ème DB partent de Paris le 8 septembre vers l’est, où il écrase la 112ème Panzer Brigade du général Von Manteuffel, à Dompaire, le 13 septembre. Apprenant de nombreuses exactions allemandes et une possibilité de déportation de la population, il pose un ultimatum aux forces présentes à Baccarat et Raon-l’Etape. Le général Allemand Feuchtinger plie et quitte Baccarat, qui est libérée le 31 octobre.
De là, Leclerc fonce sur Strasbourg, traverse les Vosges et libère Strasbourg le 23 novembre. Lors d’une prise d’armes, Leclerc rappelle que le serment de Koufra a été tenu.
La 2ème DB restant bloquée en Alsace, en position défensive, Leclerc travaille à la réduction de la poche de Colmar et celle de Royan. Leclerc trépigne, souhaitant traverser le Rhin.
Il est nommé Général de Corps d’Armée (4 étoiles).
En mai 1945, De Gaulle souhaite un coup d’éclat et Leclerc est autorisé à pénétrer en Allemagne. Il découvre, horrifié, les camps de concentration et les soldats portent secours aux français rescapés de Dachau. La 2ème DB fonce ensuite vers le Nid d’Aigle de Hitler à Bertchtesgaden, pris dans la nuit du 4 au 5 mai 1945.
L’Extrême-Orient
En juin 1945 Leclerc quitte sa Division et rejoint le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient afin de reprendre l’Indochine aux Japonais qui l’occupent depuis 1940. Mais ceux-ci capitulent en août, et plusieurs mouvements indépendantistes prennent le pouvoir, alors que de nombreux français restent prisonniers de japonais. Leclerc est empêché de pénétrer en Indochine par les anglais et les chinois, suite aux accords de Potsdam. Leclerc reste bloqué à Ceylan.
Le 2 septembre 1945, Leclerc, à bord du cuirassé américain USS Missouri, signe l’acte de capitulation du Japon au nom de la France, en rade de Tokyo. Il sera présent à l’acte de reddition à Singapour le 12 septembre.
Il peut enfin débarquer en Indochine le 5 octobre et commence la reconquête et le désarmement des troupes japonaises. Or les japonais ont détruit l’ensemble de l’administration coloniale, et le territoire est en plein chaos, laissant le champ libre aux indépendantistes vietnamiens, cambodgiens et laotiens. Hô Chi Minh, communiste, a déclaré l’indépendance du Viêt Nam le 2 septembre 1945.
Si le Cambodge ne pose pas de problème, la situation au Viêt Nam est compliquée, bien que Leclerc arrive à rétablir la souveraineté de la France avec les accords Hô-Sainteny, en lançant un processus de négociations avec les indépendantistes communistes. Leclerc rentre dans Hanoï le 18 mars 1946, il y rencontre Hô Chi Minh le 26. Les deux hommes s’apprécient, le tout sous de bons hospices. Enfin, en mai 1946, Leclerc reprend le contrôle du Laos, finalisant le contrôle de toute l’Indochine.
Afrique du Nord et décès
Le 12 juillet 1946 Leclerc est promu Général d’Armée (5 étoiles) et devient inspecteur des forces terrestres en Afrique du Nord.
Le 28 novembre 1947, Leclerc est en chemin pour une inspection. Son avion, un B-25 Mitchell, est pris dans une tempête de sable. Le pilote vole bas afin de trouver un repère au sol, et percute un remblai de la voie ferrée près de Colomb-Béchar. Les douze occupants sont tués sur le coup. Un monument Leclerc y sera édifié en 1948. Ce décès a provoqué de nombreuses controverses, avec notamment l’idée d’un complot, d’un attentat des britanniques pour éliminer Leclerc afin de mettre la main sur le pétrole dans le Fezzan.
Plus prosaïquement, l’avion volait trop bas et était déséquilibré par une modification à l’arrière (ajout d’une couchette). L’avion a simplement décroché. Leclerc était un casse-coup et coutumier des incidents voire accidents d’avions. Leclerc avait ordonné le décollage malgré le mauvais temps…
Le décès de Philippe Leclerc de Hautecloque est un drame national, un choc pour la France et les Français. Il était celui qui avait relevé l’honneur militaire de la France après l’affront de la défaite de 1940. Après des obsèques nationales, il est inhumé dans la crypte des Invalides, le 8 décembre 1947.
Il avait 45 ans.
Le 27 juin 1952, il est élevé à la dignité de Maréchal de France (7 étoiles).
Note de l’auteur
On connaît la suite de l’histoire en Indochine et en Algérie. Leclerc était apprécié et avait de bonnes relations avec Hô Chi Minh. On aurait pu imaginer un dénouement bien plus heureux, notamment en Indochine si la politique de la 4ème République n’avait pas été si désastreuse, si Leclerc n’était pas décédé… Avec des Si, on mettrait Paris en bouteille…
Focus sur Ksar Ghilane
L’oasis aux portes du Sahara
Ksar Ghilane est un oasis situé au sud de la Tunisie, à la limite est du Grand Erg Oriental.

Les sources de l’oasis de Ksar Ghilane, lieu de détente
Le Grand Erg Oriental est un erg, un vaste désert de sable et de dunes, situé à cheval sur l’Algérie à l’ouest et la Tunisie à l’est. Il a une taille de 185000 kms².

Depuis Ksar Ghilane, vue sur le Grand Erg Oriental. Le Sahara tel qu’on l’imagine
Pour les touristes, c’est un endroit privilégié : accessible en 4x4 via route en Tunisie, c’est la porte d’entrée vers le désert saharien tel qu’on l’imagine : dunes de sable à perte de vue, un sable poudreux, des paysages magnifiques, des promenades en dromadaire, en quad, en 4x4, la nuit sous tente ou bivouac. Le tout près d’un Oasis, avec ses palmiers, et ses bains d’eau chaude soufrée ! Tout en partageant un repas local : du dromadaire (ils sont élevés pour la consommation, ça ressemble à du bœuf et ça en a le goût).
Le monument
Mon épouse et moi y avons séjourné du 29 au 30 avril 2026. C’est le dépaysement garanti. Mais, comme je l’ai indiqué, ce nom résonnait dans ma tête, à un détail près. J’avais lu plusieurs livres sur le Maréchal Leclerc, et je me rappelais vaguement d’un lieu, mais l’orthographe différait : Ksar Rhilane. Serait-ce le même ? Mais oui ! Je ne sais pas pourquoi le nom a changé. Mais il s’agit bien de Ksar Ghilane : un mémorial au Général Leclerc et à la Force L s’y trouve. J’étais excité à l’idée d’y aller !

Le mémorial de la Force L à Ksar Ghilane
En arrivant sur place, je vois le monument à deux cent mètres de la route principale ! Mais celui-ci n’était pas au programme, et notre chauffeur passe au large sans s’arrêter. Le séjour se passe (c’est un très bon souvenir). Le lendemain, au départ, je prends à part notre chauffeur, après avoir demandé leur autorisation aux autres occupants du 4x4, et je lui demande s’il peut faire une pause devant le mémorial, je lui montre une photo. « Ça reste entre nous » me répond-il !
Farès nous arrête quelques minutes devant le mémorial. Je suis ému, je me recueille. C’est un lieu chargé d’histoire. Et je prends des photos, que je partage. Mes compagnons de voyage sont ravis. Farès ne connaissait pas, ne savait pas ce qui s’était passé ici. Je lui ai raconté.
Farès, encore merci. Tu ne pouvais pas me faire plus beau cadeau.
La bataille de Ksar Ghilane

Le Général Leclerc la veille de la bataille
La bataille de Ksar Ghilane est une bataille défensive, la première où les forces du Général Leclerc combattent frontalement contre les forces allemandes, celles de l’Afrikakorps. La bataille se déroule du 23 février au 10 mars 1943. Elle est remporté par le Général Leclerc et ses hommes. L’inscription sur la plaque commémorative du mémorial :
« Ici, du 23 février au 10 mars 1943, le Général Leclerc et la Force L, venus du Tchad, ont soutenu victorieusement l’assaut des forces ennemies, leur infligeant des pertes sévères »

Mais que s’est-il passé ?
La ligne Mareth
La ligne Mareth est une ligne de défense mise en place par les français entre 1936 et 1940, s’étendant de la ville côtière tunisienne de Mareth jusqu’aux mont Matmata, sur 45 kilomètres. Elle est fortement militarisée : casemates, postes de commandement, infanterie. Elle a été construite pour défendre la Tunisie contre les italiens depuis la Libye, qui était une de leurs colonies. C’est, en gros, une ligne Maginot du désert.
Suite à la défaite française de 1940, la ligne est démilitarisée par les allemands et les italiens. Or, étrange destin, suite à la défaite germano-italienne lors de la seconde bataille d’El Alamein (en Egypte) en novembre 1942, l’Afrikakorps du Général Rommel réarme les ouvrages pour retarder l’avance de la 8ème Armée Britannique du Général Montgomery. En mars 1943, celui-ci souhaite prendre la ligne, en venant du centre et du sud-ouest de la Tunisie. Pour ça, une grande concentration de troupes est nécessaire.
Le système défensif
Afin de prévenir la découverte du regroupement des troupes Néo-Zélandaises en vue de cette attaque, il faut bloquer la remontée de l’Afrikakorps qui se dirige vers Ksar Ghilane. Le Général Montgomery demande aux français de la Force L de Leclerc de tenir la position. Or les allemands disposent de nombreux Panzers et envoient des éléments des 15èmes et 21èmes Panzerdivisions en soutien de la 90ème Panzer Granadier Division, face à Leclerc retranché, camouflé, mais disposant d’un soutien aérien de la Royal Air Force.
La bataille
La 23 février, les français arrivent à Ksar Ghilane, occupé par les allemands, qui se replient après un premier combat. Comme il l’a si souvent fait, Leclerc adopte une stratégie de patrouilles, d’avant postes, de recherche, et de camouflage, formant une position solide associée à une excellente reconnaissance du terrain.
Le 9 mars, le Général Montgomery apprend à Leclerc que la 90ème Panzer Grenadier Division allemande attaquera le lendemain. Une force redoutable, les troupes françaises en faible effectif et mal équipées à cette époque ne pourraient tenir. Montgomery propose à Leclerc d’abandonner ses positions. Leclerc, sûr de son organisation et de ses positions, refuse : la position est bonne et peut être défendue.

La bataille de Ksar Ghilane - Depuis https://www.2edb-leclerc.fr/
Le 10 mars, c’est le choc avec les allemands. Le Général Montgomery ne pensait pas que Leclerc pouvait tenir. Il dira, à midi « Ça doit chauffer à Ksar Ghilane. Ce brave Leclerc, il était bien sympathique… Mais maintenant c’est fini, nous ne le reverrons plus ! ». Pourtant, la Force L va repousser trois attaques des Panzers, résister aux assauts des chasseurs et bombardiers allemands, qui tomberont dans les griffes de la Royal Air Force. A 18 heures, les allemands se replient et font retraite après avoir perdu 60 véhicules, 10 canons, sans avoir jamais pu pénétrer aucune position française.
C’est la victoire.
Montgomery, pourtant connu pour son flegme, n’en revient pas et envoie un télégramme de félicitations trahissant sa marque suprême de satisfaction : « Well done ! ».
Voici l’ordre du jour adressé par le Général Leclerc à ses troupes :
« Les boches voulaient prendre Ksar-Rhilane. Ils ont attaqué avec environ cinquante engins blindés. Les troupes du Tchad, aidées de leurs camarades britanniques et grecs, leur ont infligé un échec certain et fait subir des pertes sérieuses. Le premier contact avec le boche a été une victoire, les autres le seront aussi ! Vive le général de Gaulle! Vive la France ! »

Pages du livre « Le Général Leclerc vu par ses compagnons de combat, une livre magnifique
Leclerc participera à la prise de la ligne Mareth, non sans difficulté. Elle tombera le 26 mars sous les coups d’un gigantesque assaut allié lancé le 18 mars.
Deuil-La-Barre
17 mois plus tard, la 2ème DB aidée de la Résistance, libérait Deuil-La-Barre. Un mémorial se dresse devant la mairie. Mais c’est une autre histoire, que je raconterai un autre jour.

Quelque sources
J’ai eu la chance, il y a une vingtaine d’années, d’acheter à un bouquiniste un magnifique livre sur le Général Leclerc, raconté par ses hommes, avec un nombre incroyable de détails, d’anecdotes, de photos et de cartes d’opérations.
- Le Général Leclerc vu par ses compagnons de combat, Editions Alsatia, Paris, 1948
- Leclerc, Chroniques de l’histoire, 1997
- Wikipedia, la bataille de Ksar Ghilane
- Wikipedia, la ligne Mareth
- Wikipedia, la campagne de Tunisie
- Wikipedia, Philippe Leclerc de Hautecloque