Publié le 20/02/2026 à 11:00
- Travaux, inaugurations : ça sent les élections ! Vraiment ?
- Un mandat, c’est six ans, une politique, bien plus
- Le déroulement de projets emblématiques
- Des contraintes et de la transparence
- L’envie de voir ses projets aboutir
- Perception vs vraie liste des projets
- Demain on rase gratis
- Quelque sources
Travaux, inaugurations : ça sent les élections ! Vraiment ?
En ces temps de campagne municipale, les commentaires sur les réseaux sociaux sont légions. Un commentaire récurrent est « ça sent les municipales » dès qu’une ville, un maire ou un de ses conseillers poste une inauguration d’un local, d’un parc, d’une nouvelle voirie, ou met en avant des travaux. Le sous-entendu de ce message est assez clair : « Comme par hasard ! », « Rien pendant cinq ans, tout la dernière année », « on est pas dupes », etc. Qu’en est-il vraiment ?
C’est facile, nous avons tous eu ce genre de raisonnement, moi y compris. Pourtant, pour ceux qui savent, ou tout au moins se renseignent : la réalité peut être parfois aussi simple que ça, mais elle est bien souvent bien plus complexe, et logique.
Un mandat, c’est six ans, une politique, bien plus
La durée du mandat
Un Conseil Municipal (le maire, ses adjoints et ses conseillers municipaux) est élu pour une durée de six ans. Selon le point de vue, et pour qui on a voté, c’est à la fois trop ou pas assez long. La Municipalité définit une politique de la ville. Par politique, on entend les choix et orientations qu’on veut donner à la ville pour ses habitants, pour son futur : les choix économiques et sociaux, l’urbanisme, la sécurité, les animations, les aménagements, l’environnement, le patrimoine, les commerces, le cadre de vie, les soins, la santé, le sport… Bref, tout ce qui touche à la ville et ses habitants. Une Municipalité est généralement élue sur un programme, qu’elle va s’efforcer de dérouler et faire aboutir sur la durée de son mandat de six ans.
Les « quick wins »
Dans un programme, il est a des choses qui peuvent parfois être faites assez rapidement. Dans mon métier, on appelle ça des « Quick wins » , ou « victoires rapides » : ce sont des choses qu’on peut faire rapidement, sans grand impact sur les finances, et qui vont apporter une satisfaction rapide à la population. Ils permettent de démontrer que la majorité « agit », car ils sont très visibles par les habitants.
Evidemment, des chantiers et projets réussis en cours ou en fin de mandat sont des arguments de campagne : la mairie tient ses promesses. Et ils sont généralement plus visibles en fin de mandat.
Comme le dit France Info (lien en fin d’article) :
Peut-être qu’il y a un peu d’opportunisme, ça, c’est possible, mais je n’ai pas l’impression que ce soit quelque chose qui ne soit pas planifié en avance, de toute façon, c’est quelque chose qui a été annoncé.
Le temps long, cycle de vie des projets
Et puis, il y a des choses qui vont prendre beaucoup plus de temps : tout un mandat, voire même beaucoup plus : des aménagements lourds, de nouvelles constructions comme des équipements sportifs, des nouvelles voiries. La Municipalité peut voir loin : sur dix ans, quinze ans, vingt ans !
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Le cocotarium pour le bonheur des enfants et des parents
Le calendrier des travaux explique beaucoup cette impression que les aboutissent en fin de mandat. En effet un projet public suit souvent ce rythme :
- Année 1–2 : études, concertation, budgets
- Année 2–4 : appels d’offres et procédures administratives
- Année 4–6 : réalisation
Résultat : beaucoup de projets lancés en début de mandat arrivent en phase de chantier à la fin.
Le déroulement de projets emblématiques
Dans la ville où je vis, Deuil-La Barre, il y a par exemple un projet qui existe depuis tellement longtemps qu’on ne sait plus exactement quand. Depuis l’arrivée du train, peut-être. En tout cas, depuis les années 1980, chacun tente la fermeture d’un passage à niveau, le PN4, le plus dangereux d’Ile-de-France. Très mal placé, trop fréquenté. Il m’impacte directement puisque c’est là où je prends le train pour aller travailler, et l’important flux de voiture passe devant chez moi. Toutes les Municipalités s’y sont cassées les dents. Je me rappelle une réunion publique de M. Noyer, ancien maire de la ville, où son projet quasiment abouti est tombé à l’eau et a été annulé en plein meeting. L’équipe municipale actuelle a repris de zéro le dossier en 2014 et a mis douze ans, pour le faire aboutir. Il sera fermé en fin d’année (article écrit en 2026). Il est même possible, en fonction des résultats du 15 mars, que l’équipe actuelle n’assiste pas à la fin de son propre projet.
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Déviation du passage à niveau, il a fallu plus de douze ans
Un autre exemple, c’est un projet appelé la Coulée Verte. C’est un projet très ancien, qui date d’avant l’arrivée de Mme Scolan en 2014. Initié par la ville, il concerne trois communes : Deuil-La Barre, Montmorency et Epinay sur Seine. Le but est d’avoir une voie de circulation douce (piétons, vélos) et naturelle qui s’étendra de la Seine à la forêt de Montmorency. Sur ma ville, deux parties ont déjà été réalisées, traversant la ville du nord au sud. La première, durant le premier Mandat. La seconde, durant le second. Une troisième, en cours, va ouvrir au printemps. Et c’est vraiment une belle idée, bien réalisée. Mais là encore, ça s’est étalé sur des années, alors qu’on se dit que ça pourrait être rapide, à tort : sans même parler des études nécessaires, il a fallu acheter des terrains privés (et retrouver les propriétaires ou leurs descendants) pour y faire passer les nouvelles voies, calculer les budgets, etc. C’est long, et pourtant, c’est là. Et c’est loin d’être fini, puisqu’il va falloir continuer à racheter des terrains, se concerter avec les autres communes, etc.
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La coulée verte est appréciée des habitants
Des contraintes et de la transparence
Bref, une politique de la ville, les projets, ça se construit sur des années, avec des contraintes qu’on imagine pas forcément : études de faisabilité, financements, subventions, achat des terrains, contrats avec les entreprises, etc. Ça prend du temps. Comment savoir quand ces projets ont été commencés, et connaître les différentes étapes ? En allant voir les compte-rendus des conseils municipaux : tout y est discuté, et voté. Ainsi, tout le monde est au courant, y compris les conseillers municipaux de l’opposition, qui siègent d’ailleurs dans diverses commissions. On y retrouve par exemple les achats des parcelles (terrains, foncier, immobilier) lorsqu’il s’agit de construire un parc, une voirie, etc., ou les commandes d’études pour certaines réalisations auprès d’entreprises spécialisées, puis des appels d’offres auprès d’entreprises pour la réalisation, etc. Et ainsi, on peut prendre la mesure du travail et du temps qui passe, sur la durée d’un mandat. C’est long, bien plus que pour un particulier, car il y a de nombreuses règles supplémentaires à respecter.
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La politique de la ville, c’est aussi redynamiser un quartier par les commerces
Il y a aussi des projets sur un temps plus court, réalisés plus vite. Il existe par exemple un budget participatif, voté tous les ans, et des habitants peuvent venir proposer des idées, leur projet, qui pourra être, ou non, accepté, puis réalisé. Ou des concertations avec les habitants de certains quartiers. Par exemple, il y a un nouveau parc au Lac Marchais : concerté avec les habitants du quartier, voté en budget l’année dernière, il a pu être réalisé assez rapidement. Ou encore, l’entente avec une association sur la mise en valeur de la Côte de Deuil, poumon vert de ma ville. Là encore, tout est transparent, via le Conseil Municipal.
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Un de mes endroits préférés, la partie sauvage de la ville
Ma ville a eu des contraintes additionnelles fortes qui ont impacté la réalisation de certains projets, comme le malheur des emprunts toxiques avec une situation financière très compliquée en 2014 et sur le premier mandat. Il a fallu trouver des solutions, faire des économies, et ça a malheureusement ralenti plusieurs réalisations, qui n’ont pu avoir eu lieu sur le premier mandat de Mme Scolan. Bien heureusement, la situation est maintenant saine, et nous constatons tous que les investissements vont bon train.
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L’odyssée, un investissement pour l’avenir des jeunes
L’envie de voir ses projets aboutir
Il y a aussi une notion souvent oubliée : si une idée présentée dans un programme s’étale sur plus de six ans, il existe une probabilité non négligeable qu’elle ne voit jamais le jour si, lors de l’élection suivante, cette même idée n’est plus portée par la nouvelle liste élue. Dans ce cas, soit on essaie de le faire lors du mandat, soit le projet peut être tout bonnement annulé par la nouvelle majorité. Par exemple, il y a l’idée de créer une nouvelle voirie une fois le passage à niveau fermé, pour rejoindre la D928 : le barreau. Pas sûr que ça se fasse si on change de majorité.
Comme le dit l’article de Le Monde dont le lien se situe en bas de ce texte:
La principale explication de ce rebond de la commande publique des collectivités est liée au « cycle électoral » ; une reprise des dépenses d’investissement en fin de mandat liée à la volonté d’achever les programmes engagés par les élus à leur arrivée.
Donc, on peut comprendre que beaucoup de projets annoncés et démarrés en début de mandat, n’aboutissent qu’à sa fin, donnant l’impression d’une accélération en vue des prochaines élections. C’est l’aboutissement d’un processus souvent long s’étalant sur de nombreuses années, ou l’accélération de celui-ci pour le faire tenir dans la durée du mandat.
Perception vs vraie liste des projets
Il y eu quelques débats sur Facebook, et un administrateur de groupe a posté toutes les réalisations et inaugurations sur les dernières années à Deuil-la-Barre, elles s‘étalent dans le temps :
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Une liste probablement incomplète des projets qui ont aboutis
Pourtant, notre perception amplifie le phénomène, l’impression que tout arrive juste avant les élections :
- Les chantiers sont plus visibles que les études ou décisions.
- On remarque davantage les travaux quand ils deviennent nombreux.
- On les associe spontanément à la politique.
Et donc, notre perception peut aussi être biaisée :
- Il y a évidemment une part de stratégie politique,
- mais il y a surtout un effet mécanique du cycle des projets publics.
Demain on rase gratis
(Il est facile de faire des promesses, et il ne faut pas les croire aveuglément.)
Méfiez-vous de ceux qui vous promettent de grandes réalisations dans un temps très court : c’est impossible, techniquement, financièrement. Méfiez-vous aussi de ceux qui vous promettent des choses merveilleuses, même s’il semble s’agir de bonnes idées, très consensuelles. Gratuité de la cantine pour tous ? Belle idée, je suis d’accord, et si c’est possible, pourquoi pas. Mais si on donne d’un côté, on prend de l’autre : autres projets en moins, augmentation des impôts, endettement de la ville ? J’aime cette expression « Déshabiller Pierre pour habiller Paul » (l’histoire de cette expression est ancienne et intéressante). Bref, ça se réfléchit, sur un temps long, ça se calcule, et on voit si c’est faisable, ou pas.
Je préfère un programme pragmatique et réalisable porté par des gens qui connaissent leur travail à un autre qui vend du rêve tout en se demandant comme ça sera possible.
Et puis, si tout est réalisé sur deux ans, et tout les sous dépensés, on fait quoi les quatre ans suivants ? Petite boutade, évidemment.
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Sport pour tous dans le parc Victor Labarrière
Quelque sources
J’aurais bien dit “faites vos propres recherches”, mais ça ferait complotiste. Voici deux sources simples et relativement neutres :