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Publié le 20/02/2026 à 11:00

Note Les photos ont été prises par mes soins les 20 et 21 février 2026. Elles sont réutilisables si vous nommez l’auteur (Sébastien Rohaut)

Travaux, inaugurations : ça sent les élections ! Vraiment ?

En ces temps de campagne municipale, les commentaires sur les réseaux sociaux sont légion avec une récurrence de « ça sent les municipales » dès qu’une ville, un maire ou un de ses conseillers poste une inauguration d’un local, d’un parc, d’une nouvelle voirie, ou met en avant des travaux. Le sous-entendu de ce message est assez clair, la majorité actuelle veut se faire bien voir avant les élections. « Comme par hasard ! », « Rien pendant cinq ans, tout la dernière année », « on est pas dupes », etc. Qu’en est-il vraiment ?

Nous avons tous eu ce genre de raisonnement, moi y compris. Pourtant, bien que la réalité puisse parfois être aussi simple que ça, elle est bien souvent bien plus complexe, et suit une logique.

Un mandat, c’est six ans, une politique, bien plus

La durée du mandat

Un Conseil Municipal est élu pour une durée de six ans. Selon le point de vue (pour qui on a voté) c’est à la fois trop ou pas assez. Il définit une politique de la ville, les choix et orientations qu’on veut donner à la ville pour ses habitants, pour son futur : les choix économiques et sociaux, l’urbanisme, la sécurité, les animations, les aménagements, l’environnement, le patrimoine, les commerces, le cadre de vie, les soins, la santé, le sport… Tout ce qui touche à la ville et ses habitants. Une Municipalité est généralement élue sur un programme, qu’elle va s’efforcer de dérouler et faire aboutir sur la durée de son mandat de six ans.

Les « quick wins »

Certains éléments d’un programme peuvent parfois être réalisés rapidement. Dans mon métier, on appelle ça des « Quick wins » , ou « victoires rapides ». Ils vont apporter une satisfaction rapide à la population. Ils permettent de démontrer que la majorité « agit », car ils sont très visibles.

Des chantiers et projets réussis en cours ou en fin de mandat sont des arguments de campagne : la mairie tient ses promesses. Et ils sont généralement plus visibles en fin de mandat.

Comme le dit France Info (lien en fin d’article) :

Peut-être qu’il y a un peu d’opportunisme, ça, c’est possible, mais je n’ai pas l’impression que ce soit quelque chose qui ne soit pas planifié en avance, de toute façon, c’est quelque chose qui a été annoncé.

Le temps long, cycle de vie des projets

Et puis, il y a des choses qui vont prendre beaucoup plus de temps : tout un mandat, voire même beaucoup plus : des aménagements lourds, de nouvelles constructions comme des équipements sportifs, des nouvelles voiries. La Municipalité peut voir loin : sur dix ans, quinze ans, vingt ans !

La cocott'arium

Le cocott’arium pour le bonheur des enfants et des parents

Le calendrier des travaux explique beaucoup cette impression d’aboutissement des projets en fin de mandat. Un projet public suit souvent ce rythme :

  1. Année 1–2 : études, concertation, budgets
  2. Année 2–4 : appels d’offres et procédures administratives
  3. Année 4–6 : réalisation

Résultat : beaucoup de projets lancés en début de mandat arrivent en phase de chantier en fin de mandature.

Le déroulement de projets emblématiques

Dans la ville où je vis, Deuil-La Barre, il y a par exemple un projet qui existe depuis tellement longtemps qu’on ne sait plus exactement quand. Depuis l’arrivée du train, peut-être. Depuis les années 1980, chacun tente la fermeture d’un passage à niveau, le PN4, le plus dangereux d’Ile-de-France. Très mal placé, trop fréquenté. Il m’impacte directement puisque c’est là où je prends le train pour aller travailler, et l’important flux de voiture passe devant chez moi. Toutes les Municipalités s’y sont cassées les dents. Je me rappelle une réunion publique de M. Noyer, ancien maire de la ville, où son projet quasiment abouti est tombé à l’eau et a été annulé en plein meeting. L’équipe municipale actuelle a repris de zéro le dossier en 2014 et a mis douze ans, pour le faire aboutir. Il sera fermé en fin d’année (article écrit en 2026). Il est même possible, en fonction des résultats du 15 mars, que l’équipe actuelle n’assiste pas à la fin de son propre projet.

Deviation PN4

Déviation du passage à niveau, il a fallu plus de douze ans

Un second exemple, c’est la Coulée Verte. C’est un projet très ancien, imaginé dans son principe par M. Alain Chabanel et Mme Scolan (aujour’hui maire) avant 2014. Considéré comme un projet négligeable par le maire précédent, il est devenu une réalisation majeure très appréciée par les habitants. Il concerne trois communes : Deuil-La Barre, Montmorency et Epinay sur Seine. C’est une voie de circulation douce (piétons, vélos) et naturelle qui s’étendra de la Seine à la forêt de Montmorency. Ici, deux tronçons ont déjà été réalisées, traversant la ville du nord au sud. Le premier, durant le premier Mandat de Mme Scolan. Le second, durant le second mandat. Un troisième, en cours, va ouvrir au printemps. C’est vraiment une belle idée, bien réalisée. Là encore, ça s’est étalé sur des années, alors qu’on se dit que ça pourrait être rapide, à tort : sans même parler des études nécessaires, il a fallu acheter des terrains privés (et retrouver les propriétaires ou leurs descendants) pour y faire passer les nouvelles voies, calculer les budgets, etc. C’est long, et pourtant, c’est là. Et c’est loin d’être fini, puisqu’il va falloir continuer à racheter des terrains, se concerter avec les autres communes, etc.

La coulee verte

La coulée verte est appréciée des habitants

Un dernier exemple m’a été rappelé par des habitants du sud de la ville alors que je baladais en ville en prenant les photos pour cet article : le bassin de stockage d’eau pluviales de la SIARE, rue Jean Bouin. Des centaines d’habitants subissaient des inondations lors des fortes pluies, et un bassin de 15000 m3 a été construit. Le projet a débuté en 2020 et sa construction a duré 2 ans, de 2021 à 2023. C’est une cathédrale de béton enterrée, nécessitant une ingénierie titanesque. Pour la joie retrouvée des habitants..

Des contraintes et de la transparence

Une politique de la ville, les projets, ça se construit sur des années, avec des contraintes importantes : études de faisabilité, financements, subventions, achat des terrains, contrats avec les entreprises, etc. Comment savoir quand ces projets ont été commencés, et connaître les différentes étapes ? En allant voir les compte-rendus des conseils municipaux : tout y est discuté, et voté. Ainsi, tout le monde est au courant, y compris les conseillers municipaux de l’opposition, qui siègent d’ailleurs dans diverses commissions. On y retrouve par exemple les achats des parcelles (terrains, foncier, immobilier) lorsqu’il s’agit de construire un parc, une voirie, etc., ou les commandes d’études pour certaines réalisations auprès d’entreprises spécialisées, puis des appels d’offres auprès d’entreprises pour la réalisation, etc. Et ainsi, on peut prendre la mesure du travail et du temps qui passe, sur la durée d’un mandat. C’est long, bien plus que pour un particulier, car il y a de nombreuses règles supplémentaires à respecter.

Politique de la ville

La politique de la ville, c’est aussi redynamiser un quartier par les commerces

Ma ville a eu des contraintes additionnelles fortes qui ont impacté la réalisation de certains projets, comme le malheur des emprunts toxiques avec une situation financière très compliquée en 2014 et sur le premier mandat. Il a fallu trouver des solutions, faire des économies, et ça a malheureusement ralenti plusieurs réalisations, qui n’ont pu avoir eu lieu sur le premier mandat de Mme Scolan. Bien heureusement, la situation est maintenant saine, et nous constatons tous que les investissements vont bon train.

Des projets aux cycles plus court

Il y a aussi des projets sur un temps plus court, réalisés plus vite. Il existe par exemple un budget participatif, voté tous les ans, et des habitants peuvent venir proposer des idées, leur projet, qui pourra être, ou non, accepté, puis réalisé. Ou des concertations avec les habitants de certains quartiers. Par exemple, il y a un nouveau parc au Lac Marchais : concerté avec les habitants du quartier, voté en budget l’année dernière, il a pu être réalisé assez rapidement. Ou encore, l’entente avec une association sur la mise en valeur de la Côte de Deuil, poumon vert de ma ville. Là encore, tout est transparent, via le Conseil Municipal.

Côte de Deuil

Un de mes endroits préférés, la partie sauvage de la ville

Une habitante de l’avenue Baudoin (sud de la ville, donnant sur la départementale D928) m’a expliqué que les riverains subissaient des nuisances liées au stationnement anarchique. Ils ont contacté l’APECD (Association de Protection de l’Environnement et Cadre de Vie) de la ville, qui a organisé des rendez-vous avec l’adjointe concernée, Mme Bringer, et la Police Municipale. Ce travail a permis la matérialisation des places, la mise en place d’une signalétique claire, une surveillance et une constatation des infractions. Tout ceci dans un temps court de quelques mois en premier trimestre 2023. Il ne faut pas hésiter à contacter les services de la mairie lorsqu’on constate un souci !

Odyssee

L’odyssée, un investissement pour l’avenir des jeunes

L’envie de voir ses projets aboutir

Si une idée présentée dans un programme s’étale sur plus de six ans, il existe une probabilité non négligeable qu’elle ne voit jamais le jour, ou ne soit jamais terminée si, lors de l’élection suivante, cette même idée n’est plus portée par la nouvelle liste élue. On essaie de le faire lors du mandat, ou il y a un risque : par exemple, il y a l’idée de créer une nouvelle voirie une fois le passage à niveau fermé, pour rejoindre la D928 : le barreau, créant une troisième liaison routière nord-sud. Pas sûr que ça se fasse si on change de majorité.

Comme le dit l’article de Le Monde dont le lien se situe en bas de ce texte:

La principale explication de ce rebond de la commande publique des collectivités est liée au « cycle électoral » ; une reprise des dépenses d’investissement en fin de mandat liée à la volonté d’achever les programmes engagés par les élus à leur arrivée.

On peut comprendre que beaucoup de projets annoncés et démarrés en début de mandat, n’aboutissent qu’à sa fin, donnant l’impression d’une accélération en vue des prochaines élections. C’est l’aboutissement d’un processus souvent long s’étalant sur de nombreuses années, ou l’accélération de celui-ci pour le faire tenir dans la durée du mandat.

Perception versus vraie liste des projets

Il y eu quelques débats sur Facebook, et un administrateur de groupe a posté toutes les réalisations et inaugurations sur les dernières années à Deuil-la-Barre, elles s‘étalent dans le temps :

Le post en question

Une liste probablement incomplète des projets qui ont aboutis

Pourtant, notre perception amplifie le phénomène, l’impression que tout arrive juste avant les élections :

Et donc, notre perception peut aussi être biaisée :

Demain on rase gratis

(Il est facile de faire des promesses, et il ne faut pas les croire aveuglément.)

Méfiez-vous de ceux qui vous promettent de grandes réalisations dans un temps très court : c’est impossible, techniquement, financièrement. Méfiez-vous aussi de ceux qui vous promettent des choses merveilleuses, même s’il semble s’agir de bonnes idées, très consensuelles. Gratuité de la cantine pour tous ? Belle idée, je suis d’accord, et si c’est possible, pourquoi pas. Mais si on donne d’un côté, on prend de l’autre : autres projets en moins, augmentation des impôts, endettement de la ville ? J’aime cette expression « Déshabiller Pierre pour habiller Paul » (l’histoire de cette expression est ancienne et intéressante). Bref, ça se réfléchit, sur un temps long, ça se calcule, et on voit si c’est faisable, ou pas.

Je préfère un programme pragmatique et réalisable porté par des gens qui connaissent leur travail à un autre qui vend du rêve tout en se demandant comme ça sera possible.

Et puis, si tout est réalisé sur deux ans, et tout les sous dépensés, on fait quoi les quatre ans suivants ? Petite boutade, évidemment.

Les équipements sportifs

Sport pour tous dans le parc Victor Labarrière

Quelque sources

J’aurais bien dit “faites vos propres recherches”, mais ça ferait complotiste. Voici quelques sources simples et relativement neutres :

Le Monde

France Info

Le bassin de stockage SIARE

Val d’Oise, le passage à niveau

Le Parisien, coulée verte

Le cocott’arium, Journal de François

Les sentiers de la Côte de Deuil